Le micro-BIC en bref
Le régime micro-BIC s'applique automatiquement aux entreprises commerciales et artisanales individuelles dont le CA ne dépasse pas (en 2026) :
- 203 100 € pour les activités de vente de marchandises - 83 600 € pour les autres activités BIC - 15 000 € pour les meublés de tourisme non classés (depuis la LF 2025)
L'abattement forfaitaire couvre toutes les charges (art. 50-0 CGI) :
- 71 % pour les ventes - 50 % pour les autres prestations BIC - 30 % pour les meublés non classés
Le réel simplifié en bref
Le régime réel simplifié s'applique automatiquement entre les seuils du micro et 818 000 € (ventes) ou 247 000 € (services), ou par option pour les micro-entrepreneurs.
Il impose une comptabilité commerciale complète (livre journal, grand livre, bilan, compte de résultat), avec dépôt annuel d'une liasse fiscale (formulaire 2031 + annexes).
L'avantage : toutes les charges réelles déductibles (loyer, salaires, sous-traitance, amortissements du matériel, frais de déplacement, etc.).
Point de bascule chiffré
Le point d'équilibre est atteint lorsque vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire.
Exemple 1 : activité de service à 60 000 € de CA
- Micro-BIC : revenu fiscal = 60 000 × (1 − 50 %) = 30 000 € - Réel : revenu fiscal = 60 000 − charges réelles. Si charges = 25 000 € → revenu = 35 000 € → micro plus avantageux. Si charges = 38 000 € → revenu = 22 000 € → réel plus avantageux.
Exemple 2 : commerce à 150 000 € de CA
- Micro-BIC : revenu fiscal = 150 000 × (1 − 71 %) = 43 500 € - Réel : revenu = 150 000 − charges. Si vos charges (achats + frais) atteignent 110 000 € → revenu = 40 000 € → réel marginalement meilleur.
Cotisations sociales : un facteur souvent oublié
Les cotisations sociales du TNS (travailleur non salarié) sont calculées sur le revenu fiscal en BIC réel, mais sur le CA en micro-BIC (avec des taux distincts).
En micro-BIC, les taux de cotisations sociales du micro-entrepreneur 2026 sont :
- 12,3 % du CA pour les ventes - 21,2 % du CA pour les services BIC (et BNC libéraux hors CIPAV)
En réel, les cotisations sont d'environ 40-45 % du revenu fiscal mais avec déduction des cotisations elles-mêmes (effet circulaire à modéliser).
Notre recommandation
Choisissez le micro-BIC si :
- Vous démarrez et voulez la simplicité maximale - Vos charges réelles sont faibles (< abattement) - Vous voulez bénéficier de la franchise en base de TVA en parallèle
Choisissez le réel simplifié si :
- Vous investissez beaucoup (matériel à amortir, locaux, etc.) - Vos charges dépassent l'abattement - Vous avez des salariés ou de la sous-traitance importante - Vous voulez optimiser via amortissements (LMNP notamment)
Dans le doute, demandez à Fiskalia un calcul personnalisé.
Le calcul du point de bascule, en une ligne
L'arbitrage se ramène à une comparaison simple, qu'il vaut mieux poser une fois pour toutes.
Au micro, votre bénéfice imposable est le chiffre d'affaires diminué de l'abattement forfaitaire : 71 % en vente de marchandises, 50 % en prestations de services BIC, 34 % en BNC. Au réel, votre bénéfice imposable est le chiffre d'affaires diminué de vos charges réelles.
Le point de bascule est donc atteint quand vos charges réelles, exprimées en pourcentage du chiffre d'affaires, dépassent le taux de l'abattement. Un prestataire BIC devient gagnant au réel dès que ses charges dépassent 50 % de son chiffre d'affaires ; un professionnel en BNC, dès 34 %.
Ce seuil paraît élevé, et il l'est pour une activité de conseil sans structure. Il est en revanche atteint très vite dès qu'il y a un local, du matériel amorti, des sous-traitants, des déplacements importants ou des achats revendus. C'est ce qui explique que le même conseil — « reste au micro » — soit juste pour un consultant et faux pour un artisan.
Les charges que le micro fait oublier
Le calcul précédent n'a de sens que si l'on recense vraiment ses charges. Or l'abattement forfaitaire a un effet pervers : comme rien n'est déductible, on cesse de compter.
Entrent dans le calcul, au réel : le loyer et les charges du local, les assurances professionnelles, les honoraires comptables, les abonnements logiciels, le matériel amorti sur sa durée d'usage, les frais de déplacement, la sous-traitance, la documentation, les frais bancaires professionnels, et les intérêts d'emprunt professionnel.
Deux postes sont systématiquement sous-estimés. Le premier est l'amortissement : un investissement de 12 000 € amorti sur trois ans pèse 4 000 € de charge annuelle, tous les ans, sans nouvelle sortie de trésorerie. Le second est la quote-part professionnelle des dépenses mixtes — véhicule, local à usage partagé, télécommunications — qui, correctement justifiée, représente souvent plusieurs milliers d'euros.
Un recensement honnête change fréquemment la conclusion de l'arbitrage.
Ce que le réel coûte, et qu'il faut mettre dans la balance
Le régime réel n'est pas gratuit, et l'ignorer conduit à des bascules regrettées.
Il impose une comptabilité d'engagement, avec un bilan, un compte de résultat et une liasse fiscale à déposer — la 2031 pour les BIC, la 2035 pour les BNC. Le recours à un professionnel devient dans les faits nécessaire, avec un coût annuel qui vient s'imputer sur le gain fiscal escompté.
Il expose davantage au contrôle, non pas parce qu'il attire l'attention, mais parce qu'il y a bien plus de matière à vérifier : chaque charge déduite doit être justifiée et rattachée au bon exercice.
Il demande enfin de la rigueur sur le rattachement : au réel BIC, une facture émise est un produit même si elle n'est pas encaissée, ce qui peut faire payer de l'impôt sur un résultat que la trésorerie ne reflète pas encore.
La règle pratique : si le gain fiscal attendu ne dépasse pas nettement le coût de la tenue comptable, l'arbitrage n'en vaut pas la peine.
L'effet TVA, souvent décisif et rarement anticipé
Régime d'imposition des bénéfices et régime de TVA sont deux choses distinctes, mais elles interagissent, et c'est là que se prennent les mauvaises décisions.
Le micro-entrepreneur reste en franchise en base tant qu'il respecte les seuils de TVA — 85 000 € pour les ventes, 37 500 € pour les services — qui sont bien plus bas que les seuils du régime micro d'imposition. On peut donc devoir facturer la TVA tout en restant au micro pour l'impôt.
Sortir de la franchise change l'économie de l'activité dans les deux sens : vous facturez la TVA à vos clients, mais vous récupérez celle de vos achats. Face à une clientèle d'entreprises, qui récupère la TVA, l'effet est neutre pour le client et favorable pour vous. Face à une clientèle de particuliers, votre prix TTC augmente ou votre marge diminue.
Ce point pèse souvent plus lourd que l'arbitrage micro/réel lui-même, et il mérite d'être traité en premier.
Comment et quand basculer, sans se tromper de calendrier
L'option pour le réel se formule auprès du service des impôts des entreprises, et son calendrier est le principal piège pratique.
Elle doit être exercée dans les délais prévus pour bénéficier du régime dès l'année concernée : une option formulée trop tard ne produit effet que l'année suivante, ce qui fait perdre une année d'imputation de charges — précisément l'année d'investissement où le réel aurait été le plus rentable.
L'option engage pour une durée déterminée et se reconduit tacitement, la renonciation obéissant aux mêmes contraintes de délai. Ce n'est pas un choix qu'on révise chaque année selon le résultat.
En sens inverse, le dépassement des seuils du micro — 203 100 € en ventes, 83 600 € en services et BNC pour la période 2026-2028 — fait basculer au réel selon des règles de tolérance portant sur deux années consécutives, sans démarche.
Le bon réflexe : faire le calcul avant l'investissement, pas après. C'est la décision d'achat qui doit tenir compte du régime, pas l'inverse.