Le barème indexé de 0,9 %, et tout ce qui suit
L'article 4 de la loi de finances pour 2026 indexe les limites des tranches du barème de l'impôt sur le revenu sur l'évolution de l'indice des prix à la consommation hors tabac, soit 0,9 %. Les tranches applicables aux revenus 2025 deviennent donc : 0 % jusqu'à 11 600 €, 11 % jusqu'à 29 579 €, 30 % jusqu'à 84 577 €, 41 % jusqu'à 181 917 €, puis 45 %.
Ce qui compte davantage que le barème lui-même, c'est ce qu'il entraîne : les seuils qui lui sont associés suivent la même revalorisation. Les plafonds de la décote passent à 897 € pour une imposition isolée et 1 483 € pour une imposition commune, la formule restant une soustraction de 45,25 % de l'impôt brut. Le plafonnement du quotient familial passe à 1 807 € par demi-part supplémentaire. Le plafond de l'abattement de 10 % pour frais professionnels atteint 14 555 €, avec un plancher de 509 €.
Ces montants sont ceux qui font l'impôt réel. Un barème correct associé à des seuils périmés produit un résultat faux — c'est la raison pour laquelle un simulateur non mis à jour se trompe même s'il affiche les bonnes tranches.
Les seuils du micro changent pour trois ans
C'est le changement le moins commenté et l'un des plus structurants pour les indépendants. Les seuils du régime micro font l'objet d'une révision triennale, et la période 2026-2028 porte le seuil de vente de marchandises à 203 100 € et celui des prestations de services et des bénéfices non commerciaux à 83 600 €, contre 188 700 € et 77 700 € sur la période précédente.
La marge de manœuvre s'élargit donc sensiblement : un prestataire qui approchait le plafond dispose désormais de près de 6 000 € de chiffre d'affaires supplémentaire avant bascule.
Attention à ne pas en tirer une conclusion erronée sur la TVA. Les seuils de la franchise en base sont totalement distincts et n'ont pas bougé : 85 000 € en vente et 37 500 € en prestations de services, avec des seuils majorés de 93 500 € et 41 250 €. On sort donc de la franchise de TVA très longtemps avant de sortir du régime micro — un décalage qui surprend chaque année de nouveaux indépendants.
À noter également : la réforme qui devait instaurer un seuil unique de franchise à 25 000 € a été suspendue puis supprimée. Les seuils actuels restent applicables.
Prélèvements sociaux à 18,6 % — mais pas partout
La hausse de la CSG sur les revenus du capital porte le taux global des prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %, ce qui fait passer le prélèvement forfaitaire unique de 30 % à 31,4 % pour la plupart des revenus financiers : dividendes, intérêts, plus-values de valeurs mobilières, gains de PEA.
Mais toutes les catégories ne suivent pas, et c'est le point sur lequel il faut être précis parce qu'il circule beaucoup d'approximations.
Les plus-values immobilières restent à 17,2 % de prélèvements sociaux, soit un taux global de 36,2 % en ajoutant les 19 % d'impôt sur le revenu. L'assurance-vie conserve également le taux de 17,2 %.
Je dis cela avec d'autant plus de netteté que nous nous étions nous-mêmes trompés sur ce point pendant plusieurs semaines : une passe de correction avait aligné les plus-values immobilières sur 18,6 %, en écartant à tort une source qui disait le contraire. La vérification sur la fiche officielle a tranché dans l'autre sens. Sur ce sujet, la prudence consiste à vérifier catégorie par catégorie plutôt qu'à appliquer un taux général.
Deux dispositifs qui arrivent à échéance
Certains avantages ne sont pas supprimés par une loi nouvelle : ils s'éteignent parce qu'ils étaient temporaires, et c'est souvent plus discret.
Le rehaussement du plafond d'imputation du déficit foncier à 21 400 € pour les travaux de rénovation énergétique visait les dépenses payées entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2025. Il reste donc mobilisable sur la déclaration déposée au printemps 2026, au titre des revenus 2025, mais ne s'applique plus à des travaux payés à partir de 2026 en l'absence de prorogation. Le plafond de droit commun de 10 700 € demeure inchangé.
Du côté des donations, la déclaration des dons familiaux de sommes d'argent devient obligatoirement dématérialisée depuis le 1er janvier 2026 : elle s'effectue depuis l'espace personnel du bénéficiaire. Les conditions de fond ne changent pas — 31 865 € tous les quinze ans, donateur de moins de 80 ans, bénéficiaire majeur — mais la formalité, elle, change de canal. Et elle reste due dans le mois suivant le don, sous peine de perdre l'exonération.
Ce qui n'a pas changé, et qu'on croit changé
Une partie du travail de veille consiste à ne pas corriger ce qui va bien.
Les taux de TVA sont inchangés : 20 %, 10 %, 5,5 % et 2,1 %, avec les régimes spécifiques de la Corse et des départements d'outre-mer.
Les taux de cotisations sociales du micro-entrepreneur restent à 12,3 % en vente de marchandises, 21,2 % en prestations de services commerciales et artisanales, 25,6 % pour les activités libérales non réglementées et 23,2 % pour celles relevant de la Cipav. Ce qui évolue au 1er janvier 2026, c'est la répartition interne du taux global : la part de CSG-CRDS diminue au profit des cotisations ouvrant des droits — le montant prélevé ne bouge pas, mais il achète davantage de droits.
Le plafond de déduction du plan d'épargne retraite reste à 37 680 €, avec un plancher de 4 710 €.
Le barème kilométrique n'est pas revalorisé cette année, comme l'an dernier : le tarif d'un véhicule de 5 CV reste à 0,636 € par kilomètre, avec la majoration de 20 % pour les véhicules électriques.
Enfin, les taux de l'impôt sur les sociétés sont stables : 25 % en taux normal, 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice pour les PME éligibles.
Ce que j'en retiens, en tant que constructeur d'un agent fiscal
Nous passons nos journées à faire dire à une machine ce que dit le droit, et cette année a confirmé une chose : le risque ne vient pas des grandes réformes, il vient des revalorisations.
Une réforme est annoncée, commentée, attendue. Une indexation de 0,9 % ne fait l'objet d'aucun titre de presse, et pourtant elle rend faux tout contenu qui ne l'a pas intégrée — y compris le nôtre, comme nous l'avons constaté en vérifiant nos propres chiffres.
La conséquence pratique, pour qui écrit ou publie sur ces sujets, tient en une règle : traiter tout montant indexé comme périssable et le revérifier chaque année, plutôt que de le recopier d'un millésime à l'autre. Les taux, eux, bougent rarement.
Et pour qui utilise un outil, la règle symétrique est simple : demandez la source, et ouvrez-la. Un outil incapable de vous montrer d'où vient un chiffre est un outil dont vous ne pouvez pas savoir s'il est à jour.