Pourquoi choisir la SASU
La SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) est la forme privilégiée des entrepreneurs solo qui anticipent une montée en charge : levée de fonds, embauches, ouverture du capital.
Avantages clés : - Responsabilité limitée aux apports - Président assimilé salarié (régime général de la sécurité sociale), retraite alignée sur celle des salariés - Aucune cotisation sociale TNS sur les dividendes — c'est la différence majeure avec une EURL ou SARL - Statuts ultra-flexibles (BSPCE, actions de préférence, pactes) - Sortie ouverte vers la SAS dès qu'on ouvre le capital
À comparer avec : EURL (TNS, plus faible protection mais cotisations moindres) et entreprise individuelle (simplicité maximale mais responsabilité illimitée sur le patrimoine perso, sauf option EIRL/option insaisissabilité).
Étapes de création
1. Rédaction des statuts (1-2 jours) — minimum requis : dénomination sociale, siège, objet social, capital, identité du président, modalités de prise de décision.
2. Dépôt du capital sur un compte bancaire bloqué (1-5 jours) — minimum 1 € symbolique, en pratique 100 à 5 000 € selon les besoins. Le notaire ou la banque délivre une attestation de dépôt.
3. Publication d'une annonce légale dans un journal habilité (1 jour, ~150-200 €).
4. Dépôt du dossier d'immatriculation au guichet unique INPI (formulaires M0 + annexes, statuts signés, attestation de dépôt de capital, déclaration de non-condamnation du président, justificatif de domicile du siège).
5. Réception du K-bis et du SIRET sous 7 à 14 jours.
6. Adhésion aux organismes sociaux (URSSAF, retraite cadre dirigeant le cas échéant) — automatique via INPI.
Coût total
Coût minimal en autonomie : - Annonce légale : 150-200 € - Frais de greffe (immatriculation) : 0 € depuis 2023 - Dépôt INPI : 0 € - Total : ~200 € si vous rédigez tout vous-même
Avec un avocat ou plateforme (Legalstart, Captain Contrat, etc.) : 400-1000 € selon le niveau d'accompagnement (statuts personnalisés, pacte d'associé en vue d'une future ouverture du capital, accompagnement post-création).
Frais récurrents annuels : ~500 € de comptable (si CA modeste), 0 € de cotisation foncière les 12 premiers mois (exonération création).
Fiscalité de la SASU
Régime fiscal par défaut : IS (impôt sur les sociétés) au taux normal de 25 %, avec taux réduit de 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice (conditions PME : CA < 10 M€ + capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques).
Option pour l'IR pendant 5 exercices maximum, dans les sociétés de moins de 5 ans, et sous condition d'activité commerciale ou libérale (art. 239 bis AB CGI). À étudier si vous prévoyez des déficits de démarrage que vous voudriez imputer sur vos autres revenus.
Obligations comptables : tenue d'une comptabilité commerciale complète, dépôt annuel de la liasse fiscale 2065 + annexes, AG annuelle d'approbation des comptes, dépôt des comptes au greffe (option de confidentialité possible pour les micro-entreprises).
Optimisation : salaire vs dividendes
C'est le sujet majeur en SASU. Le président peut se rémunérer par :
- Salaire (charges sociales ~80 % du net) : déductible du résultat, protection sociale complète, validation de trimestres retraite - Dividendes (PFU 31,4 % côté actionnaire) : non déductible du résultat (IS payé d'abord), aucune cotisation sociale, mais ne valide aucune protection sociale ni retraite
Stratégie classique : se verser un salaire au moins égal au SMIC pour valider 4 trimestres de retraite et bénéficier d'une couverture sociale minimale, puis compléter par des dividendes pour optimiser la pression sociale et fiscale.
Exemple : pour 80 000 € de bénéfice avant rémunération, mieux vaut souvent 20 000 € de salaire (charges) + 40 000 € de dividendes (après IS) que 80 000 € de salaire — à modéliser au cas par cas selon votre TMI.
Les choix fiscaux à poser dès la création
Plusieurs options se décident au moment de la constitution et sont difficiles à corriger ensuite.
Le régime d'imposition d'abord : la SASU relève de l'impôt sur les sociétés de plein droit, avec une option temporaire possible pour l'impôt sur le revenu, ouverte aux sociétés de moins de cinq ans et pour une durée limitée. Elle peut être pertinente en phase de démarrage déficitaire, les déficits remontant alors au foyer de l'associé.
La date de clôture ensuite, qui fixe le rythme déclaratif et peut être décalée pour lisser la charge administrative.
Le régime de TVA enfin : franchise en base, réel simplifié ou réel normal, sachant qu'une activité qui investit dès le départ a souvent intérêt à renoncer à la franchise pour récupérer la TVA sur ses achats.
La rédaction des statuts mérite le même soin : en SAS, la loi laisse une grande liberté, et ce qui n'est pas prévu ne s'improvise pas au premier désaccord.
Ce que la SASU coûte réellement la première année
Au-delà des frais de constitution, plusieurs charges apparaissent la première année et surprennent les créateurs.
La CFE est exonérée l'année de création, mais la déclaration initiale 1447-C doit être déposée au plus tard le 31 décembre de cette année, faute de quoi la taxation intervient d'office sur des bases estimées.
La tenue comptable est obligatoire, avec des comptes annuels et une liasse fiscale : c'est un poste récurrent qu'il faut budgéter dès le départ, et qui distingue nettement la SASU de la micro-entreprise.
Si le président se rémunère, les cotisations sociales du régime général représentent une charge importante, mais ouvrent des droits — assurance maladie, retraite — que le versement de dividendes n'ouvre pas.
Une SASU sans rémunération ni dividende ne génère quasiment aucune cotisation, mais son président n'acquiert alors aucun droit social au titre de cette activité.
Les erreurs de démarrage les plus coûteuses
Quatre erreurs reviennent, et toutes se corrigent mal après coup.
Confondre le patrimoine de la société et le sien : régler des dépenses personnelles avec le compte de la société crée un compte courant débiteur, irrégulier et requalifiable en revenu distribué.
Oublier la déclaration initiale de CFE, avec une taxation d'office à la clé.
Se rémunérer sans formaliser : la rémunération du président doit résulter d'une décision de l'associé unique, consignée. À défaut, sa déductibilité peut être contestée.
Négliger le calendrier de la première liasse. Un exercice de plus de douze mois décale l'échéance mais ne la supprime pas, et le premier dépôt suppose d'avoir tenu une comptabilité depuis le premier jour — pas de la reconstituer en fin d'exercice.